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Parution. Philippe Daros. Fictions de reconnaissance.

"J’ai tenté le par­cours sur le fil du rasoir de la pro­ba­bi­lité, où chaque phrase permet de res­sen­tir l’abîme qui s’ouvre sous elle et, donc, sa nature pré­caire, où chaque phrase inclut en elle sa propre néga­tion, son propre échec, et s’efforce, à partir de cet état de fait, de raconter son propre temps. "

Cette décla­ra­tion de Daniele del Giudice rend compte, exem­plai­re­ment, de son œuvre. Depuis Le stade de Wimbledon (1983) jusqu’à L’oreille abso­lue (1997), chaque roman, chaque récit aura tenté de défi­nir un art de raconter à l’usage de notre temps, c’est-à-dire une poé­ti­que pre­nant en compte un double héri­tage anthro­po­lo­gi­que et his­to­ri­que.

Le pre­mier a été pré­senté par Italo Calvino comme une cons­tante et une spé­ci­fi­cité de la lit­té­ra­ture ita­lienne depuis Galilée : écrire pour dres­ser la carte du connais­sa­ble ; le second, consé­quence de l’his­toire du XXe siècle, pos­tule l’impos­si­bi­lité d’une conti­nuité dans la concep­tion de la fic­tion comme repré­sen­ta­tion, telle que l’avait léguée le XIXe siècle, tout en dépas­sant les concep­tions réflexi­ves d’une écriture du "neutre".

L’art du récit appa­raît donc chez Del Giudice comme un art de la pro­ba­bi­lité, un art du pas­sage où la venue de l’autre surgit comme une pro­messe pré­caire.

Philippe Daros est pro­fes­seur de lit­té­ra­ture géné­rale et com­pa­rée à l’uni­ver­sité Paris-III Sorbonne-Nouvelle.

Collection Echanges Littéraires, Dir. E. Dayre, eds Hermann.

Cliché. Bob Born, Peach Pink Black Night , 2011.