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Journée d’étude « Plaisir de lire »

Journée d’étude « Plaisir de lire »

Vendredi 5 mai 2017, ENS de Lyon

Appel à com­mu­ni­ca­tions

Les enquê­tes menées sur l’ensei­gne­ment du fran­çais dans le secondaire ont montré l’oppo­si­tion entre deux appro­ches de la lec­ture qui se suc­cè­dent au cours la sco­la­rité des élèves : à l’école pri­maire et au col­lège, la lec­ture per­son­nelle et le plai­sir de lire sont valo­ri­sés, tandis que le lycée valo­rise plutôt la dis­tance cri­ti­que en met­tant à dis­tance la lec­ture empa­thi­que. Plus géné­ra­le­ment, le plai­sir de lire est sou­vent évacué des dis­cours uni­ver­si­tai­res et ensei­gnants sur la lec­ture et la lit­té­ra­ture. Pourtant, l’expé­rience de la lec­ture, roma­nes­que, poé­ti­que ou dis­cur­sive, telle que chacun peut l’appré­hen­der, laisse sou­vent place au plai­sir, que celui-ci soit tiré de la beauté du style, du carac­tère tré­pi­dant de l’intri­gue ou encore de la pro­fon­deur des réflexions sus­ci­tées par le texte. À tra­vers cette jour­née d’étude, on cher­chera donc à inter­ro­ger la place du plai­sir de lire par rap­port aux domi­na­tions sym­bo­li­ques et légi­ti­mis­tes qui le met­tent à dis­tance. La thé­ma­ti­que trans­ver­sale du plai­sir de lire, nous semble en effet à même de ques­tion­ner les repré­sen­ta­tions sou­vent cli­vées de la lec­ture, en met­tant en avant la ques­tion de l’empa­thie, de l’expé­rience per­son­nelle du lire et les pro­ces­sus affec­tifs et émotionnels au cœur de toute lec­ture, de manière inter­dis­ci­pli­naire. Seront bien­ve­nues les com­mu­ni­ca­tions rele­vant des études lit­té­rai­res, des scien­ces humai­nes et socia­les mais aussi des appro­ches neu­ro­lo­gi­ques, phy­sio­lo­gi­ques ou cog­ni­ti­ves du plai­sir de lire. Les com­mu­ni­ca­tions pour­ront notam­ment, mais non exclu­si­ve­ment, s’appuyer sur les axes sui­vants :

• Usages de la lec­ture et plai­sir de lire

La variété des maniè­res de lire est sou­vent appré­hen­dée par les études uni­ver­si­tai­res sur un mode binaire (lec­ture cri­ti­que / lec­ture empa­thi­que ; lec­ture savante / lec­ture « ordi­naire », lec­ture let­trée / lec­ture popu­laire), qui place fré­quem­ment le plai­sir de lire du côté « néga­tif » de l’axe. La « bonne lec­ture » serait ainsi du côté de l’expé­rience esthé­ti­que, de la mise à dis­tance des affects, tandis que l’empa­thie, le diver­tis­se­ment carac­té­ri­se­raient une « mau­vaise lec­ture ». Mais ne peut-il pas y avoir plai­sir dans n’importe quel usage de la lec­ture, qu’il s’agisse de se diver­tir, de s’ins­truire, de réflé­chir, de se former ou d’appré­cier la beauté du texte ? Dans la lignée des études en socio­lo­gie de la récep­tion, les com­mu­ni­ca­tions pour­ront ainsi se pen­cher sur la variété des usages de la lec­ture et des types de plai­sir, sur leur jux­ta­po­si­tion au cours d’une même lec­ture. On pourra également s’inter­ro­ger sur la place du plai­sir dans les lec­tu­res impo­sées, sur l’arti­cu­la­tion entre lec­tu­res sco­lai­res et lec­tu­res per­son­nel­les, tout en posant la ques­tion de la domi­na­tion sym­bo­li­que des lec­tu­res « légi­ti­mes » : quel rôle joue le choix, ou encore le désir de lire dans le plai­sir de la lec­ture ? Se pose enfin la dif­fi­cile ques­tion du plai­sir dans la posi­tion et la lec­ture cri­ti­que, sou­vent tabou, source de mau­vaise cons­cience, met­tant en avant une sub­jec­ti­vité pro­blé­ma­ti­que. Observe-t-on une sépa­ra­tion du « lec­teur per­son­nel » et du « lec­teur pro­fes­sion­nel », liée au plai­sir non avoué de cer­tai­nes lec­tu­res ?

● Mauvais genres, mau­vais plai­sirs ?

Les divers usages de la lec­ture dépen­dent en partie des genres (lit-on Proust ou Bourdieu de la même manière, pour les mêmes rai­sons, pour les mêmes buts ?) mais aussi de la valeur qui est attri­buée à ces genres. On pourra donc se poser la ques­tion de l’arti­cu­la­tion entre le plai­sir de lire et les genres lit­té­rai­res. Certains genres favo­ri­sent-ils le plai­sir de lire, ou des plai­sirs de lire spé­ci­fi­ques ? Les lit­té­ra­tu­res dites « mineu­res » (lit­té­ra­ture érotique, lit­té­ra­ture de l’ima­gi­naire, lit­té­ra­ture gra­phi­que, lit­té­ra­ture de jeu­nesse…) sont-elles pen­sées comme telles car elles favo­ri­se­raient un plai­sir de lire non légi­time ? Au contraire, la légi­ti­ma­tion de genres aupa­ra­vant pensés comme peu légi­ti­mes déplace et modi­fie les fron­tiè­res entre « mau­vais genres » et « lec­tu­res sérieu­ses ». On peut ainsi inter­ro­ger la lec­ture savante de livres récem­ment réha­bi­li­tés, impli­quant des par­cours de lec­ture par­fois contra­dic­toi­res. La consom­ma­tion de « textes inter­dits » pou­vant enga­ger tout le corps, nous invi­tons aussi les com­mu­ni­ca­tions explo­rant les res­sorts neu­ro­lo­gi­ques, phy­sio­lo­gi­ques et psy­cho­lo­gi­ques du plai­sir de lire. On peut s’inter­ro­ger sur le lien entre l’ima­gi­na­tion, la fic­tion, la cathar­sis ou encore la poé­ti­sa­tion du texte avec le ou les plai­sirs de la lec­ture. La ques­tion des repré­sen­ta­tions gen­rées du plai­sir de lire peut également être posée, de façon dia­chro­ni­que et/ou syn­chro­ni­que. Pourquoi les dis­cours média­ti­ques et cri­ti­ques pla­cent-ils sou­vent la lec­ture de plai­sir et de fan­tasme du côté du fémi­nin et la lec­ture sérieuse et esthète du côté du mas­cu­lin ? Existe-t-il un lien entre les genres et le genre ? Les femmes pré­fè­rent-elles cer­tains genres et les hommes d’autres genres ? Comment penser cette répar­ti­tion par rap­port au goût et au plai­sir de la lec­ture ? Quid des repré­sen­ta­tions (gra­phi­ques, lit­té­rai­res, audio­vi­suel­les…) des lec­teurs et lec­tri­ces ?

● Le plai­sir de se trou­ver : par­cours de lec­teurs et cons­truc­tion de soi

La lec­ture peut aussi être le lieu d’une sen­sua­lité sans eros, tout aussi décriée par les tenants d’une lec­ture savante et dis­tan­ciée. La vogue de la biblio­thé­ra­pie reven­di­quée par Régine Detambel ou Marc-Alain Ouaknin opère cette liai­son entre la pos­ture intel­lec­tuelle de la lec­ture des grands textes et la caresse maté­rielle et apai­sante du livre. Impertinent ou émollient, ce parti pris, à la suite des tra­vaux menés en his­toire de la lec­ture, ques­tionne la maté­ria­lité de la lec­ture (papier, numé­ri­que, orale) et ses pos­tu­res cor­po­rel­les, révé­lant ainsi les usages pra­ti­ques et sociaux du livre au ser­vice de l’indi­vidu. Ainsi, les émotions res­sen­ties au cours de la lec­ture cons­ti­tuent aussi une expé­rience per­son­nelle, qui fait appel à la sub­jec­ti­vité des lec­teurs, à leur sen­si­bi­lité et à leur vécu. Inversement, les lec­tu­res peu­vent également jouer un rôle clé dans la cons­truc­tion de soi, ou encore dans le par­cours des indi­vi­dus. Quelle place jouent les affects et notam­ment le plai­sir dans cette inte­rac­tion entre lec­ture et bio­gra­phie de lec­teur ? Cet axe invite à explo­rer les liens entre par­cours indi­vi­duels de lec­teurs et lec­tri­ces et plai­sir de lire, notam­ment à tra­vers les pro­blé­ma­ti­ques liées à la mémoire et au sou­ve­nir, qu’il s’agisse du plai­sir pris à relire ou à retrou­ver un livre de son enfance ou de son ado­les­cence, ou encore de lec­tu­res qui réson­nent avec son his­toire per­son­nelle et aident à l’éclairer. On pourra également inter­ro­ger les décou­ver­tes, les révé­la­tions lec­to­ra­les qui par­ti­ci­pent à la cons­truc­tion de l’indi­vidu.

● Lecture et socia­bi­lité ou le plai­sir de par­ta­ger

Les his­to­riens de la lec­ture ont étudié une des « révo­lu­tions de la lec­ture » qui, au Moyen Âge, consiste à passer majo­ri­tai­re­ment de la lec­ture à voix haute à la lec­ture silen­cieuse. Mais on peut réflé­chir à cer­tai­nes pra­ti­ques de lec­tu­res qui encore aujourd’hui main­tien­nent le par­tage au cœur de la lec­ture, et le plai­sir que les lec­teurs reti­rent de cette socia­bi­lité. Parler de ses lec­tu­res, lire à plu­sieurs, lire à voix haute, sont autant de maniè­res de renouer avec le plai­sir oral du texte, soit que plu­sieurs acteurs par­ti­ci­pent à la lec­ture du texte (lec­teurs et audi­teurs), soit que la lec­ture d’un texte se conti­nue dans les conseils, les avis, les cri­ti­ques qu’on for­mule. La socia­bi­lité autour de la lec­ture et les échanges ami­caux et amou­reux qu’elle favo­rise et entre­tient sont au cœur de cer­tai­nes pra­ti­ques contem­po­rai­nes comme la cons­ti­tu­tion de réseaux de lec­teurs et lec­tri­ces. On pen­sera aussi au plai­sir de la lec­ture du soir qui réunit parents et enfants, ou encore de l’ensei­gne­ment comme lieu d’un par­tage, ou d’une « scène tran­si­tion­nelle ». Parents et ensei­gnants sont autant de média­tions qui font de la lec­ture du texte un par­tage affec­tif et intel­lec­tuel. De ce point de vue-là, nous invi­tons les par­ti­ci­pants à se pen­cher tout par­ti­cu­liè­re­ment sur la ques­tion des pra­ti­ques de lec­tu­res per­son­nel­les des ensei­gnants et des uni­ver­si­tai­res, et du rôle que le plai­sir de lire y tient, d’une part, et sur la place du plai­sir de lire dans leurs pra­ti­ques péda­go­gi­ques d’autre part.

Modalités de can­di­da­ture

Les pro­po­si­tions de com­mu­ni­ca­tion (max. 300 mots suivis d’une courte biblio­gra­phie) sont à envoyer au plus tard le 19 février 2017 à jed.plai­sir.lec­tu­re@g­mail.com. Merci d’y join­dre une brève notice bio­gra­phi­que.

Comité scien­ti­fi­que

Élodie Hommel, doc­to­rante en socio­lo­gie (ENS de Lyon, Centre Max Weber), Irène Le Roy Ladurie, doc­to­rante en lit­té­ra­ture com­pa­rée (Université de Bourgogne, CPTC), Morgane Maridet, doc­teure en socio­lo­gie (Université Sorbonne Paris Cité, CRI), Anne-Claire Marpeau, doc­to­rante en lit­té­ra­ture com­pa­rée (ENS de Lyon, CERCC), Doriane Montmasson, doc­teure en scien­ces de l’éducation (Université Paris Descartes, Cerlis).