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Parution le 22 octobre 2020. Eric Dayre, Florence Godeau, Eric Hamraoui (éd.), "Le symptôme Bartleby ou le travail réticent", Paris, Editions Kimé.

Partant de la théo­ri­sa­tion de l’anti-pou­voir élaboré dans Bartleby le scribe d’Herman Melville, l’ouvrage explore la thé­ma­ti­que de la réti­cence, dis­tincte de la réti­vité, de la dis­si­dence et de la résis­tance. Originellement sup­pres­sion ou omis­sion d’une chose que nous devrions dire (en l’occur­rence les paro­les d’acquies­ce­ment aux ordres ou injonc­tions adres­sés à l’indi­vidu), la réti­cence contre­vient aux lois d’un sys­tème d’orga­ni­sa­tion sociale.

Le zèle et l’enthou­siasme aujourd’hui requis par la logi­que de pro­duc­tion et de « per­for­mance » font planer une menace sur l’indi­vidu jugé acé­di­que, voué au rejet pour cause d’ina­dap­ta­tion. Expoxée au risque d’être perçue comme une affir­ma­tion uni­la­té­rale, d’un droit de retrait, la mani­fes­ta­tion de la réti­cence paraît inac­cep­ta­ble.

L’art et la lit­té­ra­ture sont les lieux pri­vi­lé­giés où se reconfi­gure, s’exprime et se pense une rela­tion « réti­cente » entre indi­vidu et tra­vail, dans le contexte néo-libé­ral et « global » qui carac­té­rise les poli­ti­ques actuel­les de l’emploi. Comment vivre sans tra­vail ? Et com­ment vivre au tra­vail ? Ces deux ques­tions expri­ment la bipo­la­rité extrême d’un même empê­che­ment de vivre aujourd’hui lié aux condi­tions de tra­vail et du tra­vail. De cet empê­che­ment, le symp­tôme récur­rent est la réti­cence éprouvée face aux condi­tions pro­po­sées d’exer­cice de l’emploi, à l’atti­tude de l’employeur et de par­te­nai­res sociaux consen­tants.

La noto­riété du héros mel­vil­lien n’est pas le résul­tat d’un hasard. Il y a dans cette nou­velle quel­que chose de symp­to­ma­ti­que, un « symp­tôme Bartleby » qui a touché le XXe siècle et qui conti­nue à nous concer­ner aujourd’hui. Cet ouvrage a donc pour ambi­tion de rendre compte des rai­sons pro­fon­des, de la logi­que inté­rieure de cette influence et d’en com­pren­dre du même coup les pro­lon­ge­ments. La réti­cence a de l’avenir, qu’est-ce à dire ?