CERCC

La Scène Poétique est un cycle de poésie parlée, adossé au sémi­naire de poé­ti­que com­pa­rée. Elle résulte de la col­la­bo­ra­tion entre Patrick Dubost et le CERCC. Elle ouvre la recher­che uni­ver­si­taire sur l’art vivant, concret et actuel.

Elle a pour projet de pré­sen­ter la créa­tion poé­ti­que contem­po­raine à un public élargi, sans exclu­sive ni a priori par­ti­san, en pré­ser­vant à l’inté­rieur de l’ENS un espace de théo­ri­sa­tion qui n’est pas séparé de l’acti­vité de créa­tion vivante. In situ, elle ana­lyse les pro­duc­tions et pro­po­si­tions et déter­mine un des espa­ces dédiés aux Productions Artistiques Théorisées dans le cadre du CERCC.

Notre centre tente ainsi d’ouvrir la recher­che uni­ver­si­taire sur l’art vivant, concret et actuel, et pareille­ment l’art vivant sur les pro­blé­ma­ti­ques intel­lec­tuel­les de sa trans­mis­sion et des préoc­cu­pa­tions de la recher­che qu’il ren­contre.

Pour en savoir plus sur le PROGRAMME, l’actua­lité et l’his­to­ri­que de la Scène Poétique à Lyon

HTML - 20.6 ko

Son pro­gramme fait l’objet d ’annon­ces régu­liè­res sur le site et sur la page d’accueil de l’ENS de Lyon.

- 11 mai 2011 : Anas Alaili et Saleh Diab

- 12 octo­bre 2011 : Jacques Rebotier et David Christoffel

- 23 novem­bre 2011 : Fiona Sampson, Stephen Romer et Valérie Rouzeau

- 14 décem­bre 2011 : Lucien Suel et Julien d’Abrigeon

- 25 jan­vier 2012 : Jean-Michel Espitallier et Jean-Pierre Bobillot

- 29 février 2012 : Sandra Moussempès et Annie Zadek

- 17 octo­bre 2012 : Emmanuelle Pireyre et Virginie Poitrasson

- 5 décem­bre 2012 : Patrick Laupin et Roger Dextre

- 16 jan­vier 2013 : Soirée "Poésie active"

- 13 mars 2013 : Soirée "Poésie sonore"

- 3 avril 2013 : Pierre Tilman et Frédérick Houdaer

- 16 octo­bre 2013 : Anne-Laure Pigache et Sébastien Lespinasse

- 27 novem­bre 2013 : Annie Salager et Jacques Ancet

- 29 jan­vier 2014 : Marie Huot et François Montmaneix

- 26 mars 2014 : Laure Morali et Joël Vernet

- 23 avril 2014 : Elke de Rijcke et Patrick Beurard-Valdoye

- 21 mai 2014 : Isabelle Sbrissa et Jean Daive

- 15 octo­bre 2014 : Edith Azam et Claire Rengade

- 5 novem­bre 2014 : Bernard Noël et Jean-Luc Bayard

- 11 février 2015 : Eugène Durif et Gilles Jallet

- 11 mars 2015 : Natyot et Pierre Soletti

- 8 avril 2015 : Nuno Judice et Jacques Ancet

- 13 mai 2015 : Serge Pey et Mohammed El Amraoui

- 18 novem­bre 2015 : "Huit poètes"

- 17 février 2016 : Guillaume Artous-Bouvet et Claude Ber

- 16 mars 2016 : Pierre Parlant, Emmanuel Laugier, Benoît Casas, Jean-Patrice Courtois

- 6 avril 2016 : Chistophe Manon et Lucie Taïeb

mer­credi 4 mai 2016 : Nicolas Pesquès et Habib Tengour

mer­credi 19 octo­bre 2016 : Antoine Boute et Les soeurs Martin

mer­credi 30 novem­bre 2016 : Pauline Catherinot & Nicolas Vargas

- Liens et com­men­tai­res

- Patrick Dubost

EX VOTO POUR UNE SCENE POETIQUE par Eric Dayre et Patrick Dubost

Aujourd’hui s’entend peut-être mieux la néces­sité de reconnaî­tre et de com­pren­dre le phé­no­mène poé­ti­que par la voix et le corps, et pas sim­ple­ment dans la lec­ture soli­taire et silen­cieuse de la page et du livre. D’ailleurs l’écoute et l’obser­va­tion du phé­no­mène poé­ti­que « en scène », en situa­tion de lec­ture à voix haute ou en « per­for­mance » se fait aussi en silence. Dans une salle, le fin silence du « spec­ta­teur » vaut pour un cer­tain silence de lec­ture, mais sou­dain est pro­posé le jeu de pré­sence et de retrait, un por­trait et un rythme conti­nués, une intel­lec­tion et une sen­sa­tion du poète sur scène.

Il est vrai que cer­tains poètes ne com­pren­nent pas que la scène appar­tient « poé­ti­que­ment » à la poésie, ou plutôt ils n’accor­dent pas à leur per­for­mance de poser une ques­tion néces­saire. Ils lisent, avec en phy­lac­tère au dessus de leur tête, un : « je lis, mais cela m’ennuie au fond », « je vous concède une lec­ture », mais « cela ne convient pas vrai­ment » ; la lec­ture n’est qu’une « illus­tra­tion cir­cons­tan­cielle » de ce que j’écris ; elle n’en est pas l’« événement » cen­tral.

Le porte-à-faux de l’élocution, lorsqu’il se révèle, est en soi inté­res­sant et donne à penser au-delà même de la réti­cence. L’élocution, la dic­tion et l’atti­tude pro­po­sent un monde. Le « poète en lec­ture » en joue, et le spec­ta­teur le sait.

La per­for­mance poé­ti­que n’est jamais indif­fé­rente. Il n’est d’ailleurs jamais sim­ple­ment ques­tion de sa réus­site ou de son échec « dra­ma­ti­que », ou plus lar­ge­ment « esthé­ti­que ». Ce n’est pas l’« éclat » de la per­for­mance qui induit sa per­ti­nence. Les sen­sa­tions de la lec­ture sur scène per­met­tent en fait, para­doxa­le­ment, de poser la ques­tion de ce qui n’appar­tient pas tota­le­ment à la sen­sa­tion. La per­for­mance est para­doxa­le­ment un point de ren­contre entre quel­que chose d’esthé­ti­que et quel­que chose d’ines­thé­ti­que : une fai­blesse et un risque d’où peut sortir la force qui s’en nour­rit et donne un grand moment de lec­ture qu’on n’oublie pas. Alors on n’oublie pas que l’être-en-pré­sence de la poésie lue ou per­for­mée est lui aussi scindé, par­tagé et dépar­tagé. Le texte est à nou­veau pesé sur scène, à la pro­por­tion d’une salle obs­cure. La scène est le lieu où la poésie s’inter­roge sur elle-même, sur son effec­tua­tion, sur son effet et la place qu’elle occupe « réel­le­ment » ou plutôt « véri­ta­ble­ment ». La scène a pour fonc­tion de deman­der sa part de vérité au réel.

Il y a également des moments, à l’opposé, où la lec­ture « inves­tie » ne par­vient pas à rem­pla­cer l’absence d’un texte, où l’on entend dans la voix elle-même la faible prise en compte de ce que peut effec­tuer le texte écrit en sa dis­pa­ri­tion illo­cu­toire. La lec­ture phy­si­que n’est donc pas non plus un féti­che en soi. Elle n’est pas le gage d’une den­sité esthé­ti­que où la voix « triom­phe­rait » d’une pos­si­ble (ou quel­conque) « ines­thé­ti­que » ou du silence des let­tres. On se tient encore plutôt à l’arti­cu­la­tion de la sen­sa­tion et de ce qui n’est pas elle ; et tout l’inté­rêt se concen­tre sur la ren­contre, en quel­que manière phy­si­que, de ces deux oppo­sés.

Une remar­que inci­dente — en rap­port au régime de la publi­cité lit­té­raire actuelle. Pour quelle raison une lec­ture de poésie, quand bien même elle ne serait qu’illus­tra­tive, devrait-elle poser un pro­blème plus grand ou plus grave que celui qu’impose le bavar­dage féti­chisé de ce que Martin Rueff a appelé la « non-poésie des non-poètes » — cette « parole » qui enva­hit les ondes et les « médias » ? Un poète, même s’il n’aime guère (se) lire, est sou­vent plus sen­sa­tion­nel qu’un jour­na­liste lit­té­raire.

Est plus néces­saire que jamais peut-être le fait de donner place à une voix, à des voix, un corps et des corps qui font une expé­rience ou « une scène poé­ti­que ». C’est ce qu’affirme en tout cas la tenue régu­lière des soi­rées de la Scène Poétique que nous orga­ni­sons à l’Ecole nor­male supé­rieure de Lyon.

Eric DAYRE, Patrick DUBOST